Après un long délais de près de six mois que rien ne justifiait, je vous offre enfin les deux derniers mois de cette uchronie dystopique, en espérant qu’elle vous plaira !
Le 1er Juillet 2007
Frankfurter Allgemeine, Francfort, Allemagne
Fallait-il leur vendre toutes nos technologies ?C’est la question qui se pose aujourd’hui alors que les vaillantes forces de la Bundeswehr affrontent des forces turques équipées de blindés d’origine allemande Leopard I et II, les mêmes que ceux en dotation au sein de nos forces. Certes la Turquie était partie intégrante de l’OTAN et avait besoin de défenses efficaces contre les forces soviétiques, mais cet argument n’est plus valable depuis près de vingt ans. Pourtant la plupart des équipements aujourd’hui utilisés par les turcs leur a été livré il y a moins de quinze ans. Dépensant près de 6% de son PIB dans son budget défense, la Turquie a non seulement acquis à bas prix des armements de pointe qui servent aujourd’hui à tuer nos soldats mais en outre ils n’ont pas hésité à copier ces matériels pour en développer des versions nouvelles qui viennent directement concurrencer nos produits sur les marchés internationaux. Les négociateurs du futur traité de paix devront donc impérativement veiller à la destruction des équipements les plus modernes de ce pays tout en assurant le démantèlement de ses usines d’armement afin que ses stocks ne soient pas reconstitués.
Durant les quinze jours écoulés depuis le début de « Byzance », les forces européennes ont bien progressé et ce malgré la résistance acharnée des forces turques appuyées par la population civile. La stratégie européenne est de profiter de la supériorité numérique des troupes de l’Union afin de contourner et assiéger les principales agglomérations tandis que les forces principales foncent vers Istanbul, située à quelques 250km de la frontière grecque. Déjà près de 50km ont été parcourus et les pertes des forces de tête restent modérées grâce à l’utilisation massive de sur-blindages sur les Léopards et les Leclercs.
La seule exception à ce plan est l’importante ville d’Edirne, l’ancienne Andrinople, site stratégique objet de bien des batailles depuis l’Antiquité la plus lointaine. C’était là qu’une armée impériale romaine avait été intégralement détruite par une armée wisigothique à la fin du 4ème siècle, là également que les armées de la 4ème croisade avaient affronté les Bulgares. Mais Edirne était aussi l’objet d’une vive rivalité entre Athènes et Sofia qui réclament toutes les deux la ville, capturée par les Bulgares lors de la première guerre des Balkans, en 1912, reprise par les Turcs en 1913, devenue grecque en 1920 avant d’être restituée une fois de plus à la Turquie la même année.
Les forces bulgares chargées d’encercler la ville avec deux de leurs huit brigades décident pour cette raison de se lancer à l’assaut de la ville afin de l’occuper avant les Grecs, lesquels réagissent en envoyant dans le secteur 3 brigades tirées de leurs propres réserves stratégiques.
Mais les Bulgares n’ont pas compté sur la volonté des 100 000 habitants de la ville de résister à l’invasion : mal préparés au combat urbain et équipés d’armes datant pour la plupart de l’ère soviétique, les Bulgares sont repoussés et subissent de lourdes pertes tant en hommes qu’en matériel face à un adversaire pourtant équipé de vieux fusils et de cocktails Molotov, le nombre de soldats réguliers dans la ville étant très réduit.
Pour leur part le gros des troupes régulières turques se replie sur Istanbul afin de défendre l’ancienne capitale ottomane, objectif des européens.
Humiliés par la résistance des habitants d’Edirne, les Bulgares sont contraints de se replier sur leurs positions de départ. Athènes décide alors de lancer son propre assaut tout en envoyant de nouveaux renforts dans le secteur, épuisant ainsi la réserve stratégique grecque.
Tout cela ennuie au plus haut point le général allemand en charge de la partie terrestre de Byzance, ces mouvements de troupes encombrant les routes de la région et gênant les opérations de ravitaillement des troupes de pointe, les divisions blindées françaises et allemandes chargées de l’assaut sur Istanbul étant parfois contraintes de rompre le combat par manque de munitions.
Le 3 juillet 2007
Ta Nea, Athènes, Grèce
Le berceau d’Aphrodite libéré de la souillure orientale ! Après de violents combats les forces européennes ont libéré Chypre de l’influence turque, renouvelant l’exploit de leurs ancêtres qui, sous l’égide d’Alexandre le grand, avaient libéré l’île du joug perse.
En renversant le régime corrompu installé par les envahisseurs anatoliens, les forces européennes ont contribué à ramener la démocratie dans une terre grecque où se pose aujourd’hui la question des populations turcophones importées depuis l’invasion de 1974 ainsi que celle des habitants de l’île issus de la communauté turque existant avant ce conflit. Il est en effet difficile de séparer les deux mais l’on peut certainement envisager d’encourager leur départ de l’île par des primes de départ. L’autre grande question restant en suspens est de savoir si Chypre a encore vocation à rester une nation indépendante où si son retour au sein de l’ekklesia hellène serait au contraire plus bénéfique.
Plus au sud l’opération Aphrodite a porté ses fruits et les forces turques contrôlant la partie nord de l’île de Chypre ont été balayées de la carte malgré les efforts de l’aviation d’Ankara pour soutenir ses troupes au sol et déployer ses unités de parachutistes.
En Egée trois sous-marins turcs sont coulés par la force amphibie européenne qui, après avoir fait des ronds dans l’eau pendant près d’un mois, lance enfin son assaut amphibie. L’amiral français en charge des opérations a décidé de ne pas reproduire les erreurs du passé et de ne pas se risquer dans le détroit des Dardanelles, où ses forces auraient été trop vulnérables. Son objectif premier est de ralentir l’arrivée des troupes turques en route depuis le sud-est et venant renforcer les défenses d’Istanbul. Pour parvenir à cet objectif il a prévu de leur couper la route en Asie Mineure, débarquant sur un site symbolique : celui de Troie.
Les forces européennes se déploient dans le cadre de l’opération Agamemnon sur la plage qui vit débarquer plusieurs millénaires plus tôt les guerriers grecs. Tandis que les hélicoptères français et anglais débarquent les premières troupes sous la protection des Harriers italiens et espagnols, les premiers chalands des transports de troupes Mistral et Tonnerre apparaissant à l’horizon avec à leur bord une poignée de véhicules.
Pendant ce temps les troupes grecques prévues pour l’opération embarquent à bord des 4 aéroglisseurs de la marine hellénique rassemblés pour l’occasion dans le port de Thessalonique, leur arrivée étant prévue quatre heures plus tard pour le débarquement de 600 hommes.
Dans le ciel le combat fait rage, les F-16 et même les vieux F-4 turcs lançant patrouilles sur patrouilles pour empêcher les opérations aériennes européennes, leurs pilotes sachant bien que si les Européens gagnent le contrôle des cieux ils pourront pilonner sans merci les colonnes de renforts venus du front syrien. Leurs missiles AMRAAM font des ravages dans les rangs européens, éliminant aisément les Mig-29 et les Mirages 2000 des forces bulgares, roumaines, françaises et grecques.
En revanche les missiles MICA et Meteor équipant les Rafales et les Eurofighters montrent toute leur puissance lors de leur première utilisation en combat réel, leur portée dépassant celles des AMRAAM d’origine américaine équipant les F-16. En dix jours près du tiers des quelques 300 appareils de combat opérationnels des forces armées turques sont abattus au prix de quelques 60 appareils alliés. Ici encore la concentration de la plupart des appareils sur le front syrien a joué en défaveur des forces turques même si paradoxalement cet éloignement leur a aussi évité d’être détruites au sol par les raids des premiers jours.
Le 15 juillet 2007
Défense et Sécurité International, Aix en Provence, France
Alors que les combats ne sont pas encore achevés en Thrace et que la Turquie dispose encore d’une importante puissance, l’heure est déjà aux réflexions sur l’après guerre. Les pertes européennes ont été moins élevées que prévu, notamment à terre et surtout en mer ou seuls trois navires ont été perdus.
En revanche les forces aériennes occidentales ont cruellement souffert durant les combats. Un quart de l’aviation de combat française a ainsi été éliminée, de même que près de 60% de l’aviation de chasse turque ou encore 30% des forces aériennes italiennes de premier rang. L’aviation de transport a également souffert, l’Union Européenne ayant perdu près de 10% d’une capacité globale déjà bien faible à l’origine.
Cependant si les pertes en matériel sont importantes, il convient de noter que seuls quelques 20% des pilotes abattus sont morts, 15% étant capturés et le reste étant récupéré par les forces de l’Union. Les forces aériennes ont donc conservé le plus important, à savoir le capital humain et l’expérience qui les rendront plus efficace à l’avenir.
Sur la question de l’origine des pertes, il semblerait que la chasse turque soit à l’origine de près de la moitié des pertes, la plupart du temps dans des engagements hors de portée visuelle. Le reste semble surtout avoir été causé par les défenses anti-aériennes basées au sol, notamment les batteries de missiles Patriot qui ont prouvé ici comme en Corée toute leur puissance. Les forces aériennes turques, aujourd’hui pratiquement anéanties, ont pour leur part été avant tout les victimes des chasseurs européens ou de bombardements au sol, n’ayant que rarement l’opportunité de parvenir à portée des systèmes de défense SAM des forces européennes. Une seule exception, les opérations menées dans le cadre d’Aphrodite où sept avions auraient été abattus par des missiles tirés soit par les batteries de missiles S-300 ou par des navires, notamment par la frégate française Chevalier Paul.
Au-delà des enseignements tactiques, théoriques et stratégiques à en tirer, ces pertes posent surtout la question de leur remplacement et surtout des budgets pour couvrir ces derniers. L’industrie européenne de l’armement à connu ces dernières années d’importants investissements et la destruction d’autant d’appareils est l’occasion pour plusieurs pays de repartir pratiquement de zéro. Mais les appareils sur le marché sont-ils adaptés ? Des contrats de gros pourront-ils être signés pour baisser les coûts ? On parle déjà d’un achat groupé de chasseurs Rafale pour la France et la Grèce, acquisition menée sous l’égide de l’Agence européenne de défense, qui serait chargée de conduire les négociations. Certains pays de l’Est qui ont vu les F-16 turcs abattus en grand nombre seraient également intéressés par l’acquisition d’Eurofighter ou de Rafale mais l’on ne peut penser que les américains resteront immobiles face à cet énorme marché. Peut-être même essayeront-ils une nouvelle fois de placer leur F-35, ce fameux JSF dont le programme n’a cependant toujours pas produit un seul appareil opérationnel…
Byzance progresse bien aux yeux des généraux européens même si tout doucement l’opinion publique européenne commence à s’opposer au conflit.
Les opérations sur le front Thrace se déroulent comme prévu et les forces franco-germaniques en charge de l’assaut ont déjà parcouru près de 150km sur les quelques 250km les séparant d’Istanbul. La résistance ennemie a légèrement baissé, les forces turques se concentrant pour une défense de la dernière chance à quelques 50km des anciens murs de la ville, espérant pouvoir tenir sur une ligne de 40km de large dans une zone relativement peu habitée, ne voulant pas tuer leurs concitoyens et cherchant à préserver les monuments de l’ancienne capitale.
A Ankara l’humeur est sombre mais les politiciens insistent sur le fait que si l’armée parvient à saigner à blanc les forces européennes progressant sur Istambul et à rejeter à la mer les troupes ayant débarqués sur la rive orientale l’Union n’aura d’autre choix que de négocier en raison de la pression de l’opinion publique…
Mais les généraux turcs ne sont pas optimistes. Leurs forces aériennes ont été vaincues, plus de 50% de leurs forces de combat ayant été abattues, de même que l’ensemble de leurs forces de transport.
La marine a perdu 4 nouveaux sous-marins dans une tentative d’attaque contre la flotte amphibie occupée à transférer de nouvelles troupes depuis Thessalonique vers la plage de Troie, un ultime échec qui signifie avant tout la fin de la capacité turque à menacer les opérations européennes de renforcement de leurs forces sur la rive orientale.
Le siège d’Edessa par les forces grecques a pour sa part prit fin après 12 jours de combats intenses ayant vu la destruction d’une grande partie de la ville malgré les efforts des soldats grecs pour limiter les destructions, la défense héroïque des turcs ayant été un formidable plus pour le moral du pays au milieu de tant de mauvaises nouvelles.
Les Léopards II italiens, les Leclerc français et les Challenger II britanniques ayant débarqué à Troie ont par ailleurs repoussé deux contre-attaques des forces locales avant que l’infanterie grecque n’arrive en renforts, les forces débarquées ayant ensuite entamé la conquête de la province de Canakkale, sécurisant ainsi la rive droite des Dardanelles tandis que deux divisions grecques appartenant à la seconde ligne d’assaut européenne s’occupaient de capturer la péninsule de Gallipoli depuis la terre, l’objectif étant de permettre le passage de la flotte dans la mer de Marmara pour un assaut direct derrière les lignes turques et sur Istanbul.
Cette stratégie signifie pour les généraux turcs qu’ils n’ont plus non plus la capacité de renforcer leurs forces sur la rive occidentale et que les défenseurs d’Istanbul, près de 30 000 hommes désormais assiégés et dont la seule mission est de mourir en emportant le plus d’européens avec eux dans la mort…
Le 1er aout 2007
Washington Post, Washington D.C., USA
La chute d’un allié ferme aux marges de l’Union Européenne marque pour les USA une grave perte d’influence s’étendant bien au-delà de la seule Europe. La Turquie était en effet un partenaire de premier plan en Irak et dans les affaires caucasiennes. Le gouvernement insistait depuis longtemps pour l’intégration de la Turquie à l’Union Européenne, une suggestion rejetée par plusieurs pays dont la France, le président Sarkozy étant totalement opposé à une telle entrée. La question se pose également de la stabilisation des territoires syriens capturés par la Turquie. Il se dit déjà à Ankara que les populations délocalisées suite au honteux traité de paix imposé par Bruxelles pourraient être utilisées pour « turquiser » les régions conquises à l’est avec l’implantation de colonies tant au Kurdistan que dans le nord de la Syrie.
Avec un gouvernement militaire désormais fermement en place l’Iran, commence à se doter de nouvelles institutions. De très nombreux leaders de la faction conservatrice ayant été tués durant la guerre civile, le pays est prêt à tourner une page commencée en 1980 avec la destitution du dernier Shah. Le pays débat maintenant de la ligne politique à adopter, entre dictature militaire, retour à la monarchie absolue, république ou bien une encore une monarchie constitutionnelle ?
endant ce temps la Chine connait la première utilisation d’une arme nucléaire par un protagoniste de la guerre civile, la ville de Fulin étant rayée de la carte par un général se faisant appeler « le seigneur du Sichuan ». Les USA déclarent alors que si un autre seigneur de guerre utilise une arme de destruction massive l’USAF réduira en poussière toutes les villes obéissant à ce seigneur de guerre. Aucune autre arme de destruction massive ne sera plus utilisée durant le conflit mais les propos du président américain n’en créent pas moins une très vive polémique aux USA et en Europe, les candidats à l’élection présidentielle de 2008 s’affrontant violement sur le bien fondé d’une telle politique de la terreur.
Sur le front turc, le mois d’aout fut celui de l’effondrement du pays. Les lignes défensives turques s’étaient effondrées durant la deuxième moitié du mois de juillet, après que les européens se soient emparés des deux rives du détroit des Dardanelles et que la flotte européenne ait pénétré en mer de Marmara et se soit positionnée en vue d’Istanbul.
La flotte européenne avait deux objectifs, la destruction des ponts sur le Bosphore et l’arrêt du ravitaillement de la rive occidentale depuis la rive orientale. Pour ce faire les navires européens utilisèrent principalement leurs canons de 76 et 105mm, coulant plusieurs dizaines de ferrys et de navires de transports divers. Plus à l’ouest les forces blindées franco-allemandes progressaient bien en direction de la ville. Comprenant que la situation était désespérée et ne voulant pas voir sa belle ville détruite comme Edessa, le maire d’Istanbul Kadir Topbas déclara sa ville « ville ouverte », ce qui acheva de convaincre nombre de soldats défendant la ville que la reddition était la meilleure solution et qu’il était inutile de mourir pour une cause perdue.
A Ankara le gouvernement faisait face à une situation de plus en plus difficile et décida le 23 juillet de demander une trêve et la négociation d’une capitulation. Les pays membres de l’UE décidèrent pour la première fois de confier ces négociations au gouvernement de l’Union Européenne, une avancée majeure de la construction européenne qui devait avoir d’importantes conséquences ultérieurement.
Les conditions des Européens étaient simples : l’abandon de toutes les îles de la mer Egée et de toutes les possessions européennes de la Turquie en ce compris la rive occidentale d’Istanbul. Aucune compensation financière ne serait ni demandée ni donnée par les Européens. Enfin la marine turque ne pourrait plus posséder ou opérer de sous-marins, ses navires actuels seraient transférés à la Grèce, et la flotte et l’aviation turque ne pourraient plus opérer en mer Egée ou en mer de Marmara, à l’exception de vedettes de police de moins de 500 tonnes et d’avions de reconnaissance ou d’hélicoptères de sauvetage qui ne pourraient en aucun cas voler au dessus des terres non turques. La taille des forces armées turques serait aussi réduite, particulièrement sa force aérienne, et règlementée par un traité ultérieur.
L’industrie de l’armement turque serait également démantelée, avec une interdiction totale de produire ou d’assurer la maintenance lourde de véhicules blindés de plus de dix tonnes, de missiles d’une portée de plus de quinze kilomètres, d’avions de combat ou de navires de guerre de plus de 2000 tonnes.
Mais la condition la plus dure fut certainement la dernière, en l’occurrence le départ avant la fin de l’année 2008 de toutes les populations turcophones installées sur les territoires européens capturés et sur les îles, chaque famille recevant cependant une compensation de la part de l’UE égale aux deux tiers de la valeur d’avant guerre de ses biens.
Le gouvernement islamiste modéré d’Ankara décida le 31 juillet d’accepter ces conditions malgré la contestation des milieux nationalistes et ultra-islamistes dénonçant cette « abjecte soumission du vaillant peuple turc face aux croisés chrétiens d’occident ». Alors que les forces armées occidentales commençaient l’évacuation forcée des populations chassées de Thrace la Turquie s’enfonça dans une spirale de violence politique qui devait déboucher en 2009 sur un putch des forces armées et l’instauration d’une junte militaire qui allait se maintenir au pouvoir pendant plus d’une décennie.
Le 23 août 2007
Kenya Post, Nairobi, Kenya
L’afflux de réfugiés somaliens dans le nord du pays a poussé le gouvernement à déployer près de 10 000 soldats dans la région afin de s’assurer que les terroristes islamistes ne puissent s’y implanter et y reconstituer des bastions d’où faire régner la terreur et la pauvreté qu’ils avaient imposé à leur pays. Mais l’état de dénuement total de la plupart des réfugiés et l’absence d’aide d’un occident entièrement préoccupé par ses guerres et leurs conséquences, font que la famine et les maladies sévissent et que les réfugiés n’hésitent plus, dans leur désespoir, à piller les fermes et les villages kenyans. En conséquence de quoi le gouvernement à décidé de fermer la frontière et donné instruction à l’armée de tirer sur tout qui franchirait les limites du territoire national.
Un nouveau conflit éclate sur un continent jusque là relativement épargné par la folie du monde. Depuis plusieurs mois les forces armées éthiopiennes ont entamé des préparatifs pour une opération majeure comme elles n’en avaient plus connus depuis des décennies et la guerre contre la Somalie de 1977.
La Somalie est justement la cible des militaires éthiopiens qui craignent que l’anarchie dans laquelle sombre le pays ne s’étende en Ethiopie même, sous l’influence de l’Erythrée. Depuis le mois de novembre 2006 les forces éthiopiennes s’étaient déployées sur le territoire somalien pour protéger la capitale provisoire du gouvernement de résistance aux milices, une petite ville du nord-ouest à proximité de la frontière, mais n’avait entrepris aucune opération offensive en raison de problèmes logistiques et de manque d’équipements que les Américains s’étaient finalement décidés à fournir.
A l’origine l’offensive était prévue pour le mois de décembre 2007 mais la seconde guerre de Corée était venue perturber les opérations en rendant indisponibles de nombreuses ressources américaines, notamment les appareils de soutient aérien AC-130 et les membres des forces spéciales redéployés sur le front iranien.
Dés la paix revenue sur le front extrême oriental et la situation iranienne devenue plus calme les Américains envoient les renforts promis en Ethiopie afin de pacifier ce qui est avant tout un camp géant d’entrainement de terroristes et un nid de pirates menaçant le commerce maritime international transitant par la Mer Rouge.
’effort américain est fort limité, seuls trois avions AC-130, une dizaine de drones et une centaine d’hommes d’infanterie sont engagés aux côtés de milliers de soldats éthiopiens équipés de dizaines de chars, de quelques avions d’attaque au sol et d’hélicoptères de combats. Un effort majeur donc pour l’Ethiopie dans lequel plus de 10% des effectifs de l’armée éthiopienne et près de 50% de son équipement de première ligne sont engagés par Addis Abeba.
C’est sous la protection des hélicoptères lourds MI-24D Hind que les chars éthiopiens se lancent le 5 aout 2007 à l’assaut des territoires contrôlés par les milices islamistes de Mogadiscio avec pour objectif l’extermination de l’ennemi, un objectif facilité par la totale absence de journalistes et de moyens de communication dans la région et le désintérêt total du monde pour ce coin perdu d’Afrique à l’heure ou le continent européen lui-même sort de guerre.
Ne prenant aucune précaution à l’égard des civils « de toute manière trop nombreux que pour être nourris » comme le dit un général éthiopien, les forces armées éthiopiennes avancent très rapidement, n’hésitant pas à utiliser l’artillerie lourde contre tout point de résistance. Les milices islamistes comprennent très rapidement que malgré le soutient du gouvernement érythréen ils ne pourront jamais résister d’autant plus que les trois appareils AC-130 américains guidés par les commandos au sol et les drones leurs causent des pertes massives lors de tous leurs déplacements. Ils décident donc de se retrancher dans Mogadiscio même, entendant se faire un bouclier de la population et y enfermer l’armée ennemie comme ils l’avaient fait avec les forces américaines de l’opération Restore Hope en 91.
Cependant le haut commandement éthiopien n’entend pas se laisser piéger ainsi. Déployant dix mille hommes supplémentaires, les généraux d’Addis Abeba entourent la ville d’un réseau de tranchées et de fil barbelé et commencent à pilonner la zone tout en indiquant par haut-parleurs qu, tant que la population civile n’aura pas éliminé elle-même les miliciens, la ville sera bombardée continuellement jour et nuit.
Les Américains, qui sont au courant des intentions des stratèges éthiopiens, ne protestent pas, considérant qu’ils sont mal placés depuis leurs propres bombardements en Chine, et se contentent de traquer les groupes de miliciens basés hors de la ville, principalement dans le sud du pays. A la fin du mois d’août l’ensemble du pays est déclaré conquis à l’exception de la capitale toujours assiégée qui ne finira par se rendre qu’après trois mois de siège et près de 100 000 obus tirés, un bombardement ayant fait près de 500 000 morts sur une population de quelques 1 700 000 habitants avant le conflit et qui causa encore plus de 250 000 décès peu après l’entrée des forces éthiopiennes dans la ville, conséquence de la famine qui s’était déclarée. L’usage fréquent d’obus incendiaires destinés à nettoyer les rues avait également ravagé la ville, détruisant des quartiers entiers et chassant les habitants, détruisant les structures claniques qui régissaient jusque là la ville, sans doute le seul effet positif de ce terrible bombardement.